Jazz is back !

Jazz is back !

La La Land nous a franchement plu et parlé. N’étant ni spécialiste de jazz ni critique de cinéma, nous ne pouvons vous donner un regard de critique de cinéma. En revanche, on peut vous dire à quel point nous avons apprécié le côté musical et le "message" du film.

On ne clamera jamais assez notre amour pour West Side Story et Singing in the Rain, dans lesquels ce nouveau film a largement pioché, pour notre plus grand plaisir. Même si, sur cette musique fort bien écrite et très punchy, le couple de héros est un peu juste scéniquement et vocalement (bon point cependant à Ryan Gosling dont les doigtés aux pianos sont parfaitement crédibles, on a progressé depuis Tous les Matins du Monde de Corneau !). Ce qui nous a davantage parlé, c’est le but poursuivi par Sebastian, héros de l’histoire. Visiblement moins attiré par les paillettes et les millions d’Hollywood que sa complice Mia (jouée par Emma Stone) qui rêve d’être actrice, il tente désespérément de monter son propre club de jazz. Dans un monde dominé par les rythmes « unaires » et les infrabasses, ce sera le parcours du combattant. 

Lors de la première discussion entre les deux personnages, Sebastian tente fébrilement de défendre le jazz que Mia décrit comme une musique d’ascenseur, après avoir lancé un terrible « I dont like Jazz anyway ». Énervé, agité comme une pile sur sa chaise, Sebastian lance des arguments plus passionnés que raisonnés sans parvenir à la contredire. On sent le bouillonnement intérieur de notre pauvre héros et l’incompréhension des deux personnages sur ce sujet qui ne peut que difficilement être défendu par des mots. Preuve s’il en faut qu’on ne convaincra personne en une discussion ou une seule écoute. En revanche, dans un domaine aussi riche que le jazz, le temps et la maturation de l’écoute font leur œuvre. Mia finit effectivement par être pleinement convaincue après plusieurs mois. La La Land fait de ce point de vue belle œuvre de pédagogie, d’autant plus – concernant notre domaine – que le « classique » est aujourd’hui confronté aux mêmes problématiques que le jazz. 

Autre bon point : dans le monde de la musique « classique » où le public est constitué de centaines ou de milliers de personnes « seulement », un film aux dizaines de millions de spectateurs fait grand bien. Les Choristes ou Amadeus ont ainsi permis de « convertir » plus de monde que des centaines de concerts. Misons sur le succès du film pour espérer un regain d’intérêt de la population pour le jazz et les autres musiques moins spontanément plébiscitées (suivez le regard…).  

De nos jours, les comédies musicales ne sont plus si répandues. Il n’y a qu’à voir combien La La Land fait figure d’Ovni dans le paysage cinématographique. Leur remise au goût du jour – espérons que ce sera le cas – permet de se rendre compte d’un certain nombre de propriétés propres aux récits chantées. Le chant n’ouvre pas le même angle de vue que la parole : quand la parole est purement narrative et extérieure, le chant est autrement plus intérieur et permet de décrire des réalités cachées ou implicites. Si la musique de film précise bien mieux qu’une image le sens d’une situation, le chant émanant des personnages eux-mêmes décuple le procédé. Bien entendu, le principe s’applique de façon identique à l’opéra.

Autre corrélation avec l’opéra, justement : la marque que laisse un film chanté. Pour être tout à fait franc, La La Land ne nous a pas émerveillé plus que ça au premier visionnage. Nous lui avons trouvé beaucoup d’imperfections, trop d’évidence dans son déroulement, trop de patchwork et de déjà vu… En revanche, après-coup, les images "s'accrochent" à la mémoire. On reste très attachés aux personnages, on se souvient avec beaucoup de précision des passages chantés etc. Sans doute est-ce propre à la musique que de rester en tête.  Et c’est après-coup que le film a sérieusement commencé à nous plaire. Ce n’est pas la première fois que ce genre de décalage se produit : l’opéra fait souvent cet effet. Face à certaines mises en scène, il faut un temps de « digestion », de réflexion pour se rendre compte de ce qui s’est vraiment passé. 

Bref, Damien Chazelle exprime de belles choses dans ce film sommes toutes très réussi. Chapeau à lui d'obtenir un tel succès avec un film sur le jazz qui - également minoritaire et souvent inconnu du grand public - partage les mêmes enjeux que la musique "classique". Espérons que La La Land amènera des foules à voir plus loin, à s’intéresser à la comédie musicale, petite sœur de l’opéra et au jazz et à risquer un saut dans l’inconnu…

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