Où va l'Orchestre de Paris ?

Où va l'Orchestre de Paris ?

Orchestre de Paris
Jérémie Rhorer, direction
Francesco Piemontesi, piano

Paul Dukas // Polyeucte, ouverture pour la tragédie de Corneille
Robert Schumann // Concerto pour piano
Felix Mendelssohn // Symphonie n°4, "L'Italienne"

 

Quand un jeune chef se présente pour la première fois devant un orchestre français, a fortioti parisien, on peut légitimement craindre la réaction de ce dernier. Soit le nouveau est adopté, soit il est boycotté – entendez que l’orchestre se met à jouer en « pilote automatique ». Jérémie Rhorer n'a plus à faire ses preuves auprès des grandes salles qu'il sillonne depuis des années comme le grand mozartien qu'il est sans conteste. Mais devant l'Orchestre de Paris, rien n’est joué.

Le programme du concert est peu alléchant : une ouverture de Dukas, le très joué concerto pour piano de Schumann et la Symphonie Italienne de Mendelssohn. Une proposition bien routinière. Mais au-delà du répertoire, notre idée était de prendre le pouls d’un orchestre dont on attend beaucoup.   
 

Une formation qui revient de loin

L’histoire récente du premier orchestre symphonique de France (par le nombre, 119 musiciens permanents), est tumultueuse. Celui pour qui – entre autres – fut mené le projet pharaonique de la Philharmonie de Paris, souhaite offrir à la capitale l’équivalent des "machines de guerre" de ses voisins. Pour l’instant, la formation parisienne ne se hisse pas au rang des géants européens : London Symphony Orchestra, Concertgebouw d’Amsterdam, Berliner Philharmoniker, Wiener Philharmoniker. Ni des orchestres qui les talonnent : Gewandhaus de Leipzig, Tonhalle de Zurich, Philharmonia Orchestra. Ni encore de la troisième vague : Philharmonique de Rotterdam, Orchestre de la Suisse Romande ou City of London Symphony Orchestra. Rien à faire, l’Orchestre de Paris ne compte pas parmi les « grands ».

La faute à qui ? À une culture du soliste, ancrée dès le conservatoire dans l’esprit des jeunes musiciens français (qui ferait l’objet d’un article à part). Sans doute aussi à un manque de collectif de ces ensembles de "solistes". Certes, les musiciens y sont, individuellement, excellents. Mais on raille parfois les « 16 violons solo » de l’Orchestre de Paris. Cette forte personnalité, très recherchée par exemple dans les orchestres asiatiques ou américains, a ici longtemps manqué d’un contrepoids disciplinaire qui unifierait l’orchestre pour en faire un vrai collectif.
 


L'ère du redressement

Le "ménage" ne fut fait que tardivement. À l’image de l’Orchestre Philharmonique de Radio France (2000-2015) et de l’Orchestre de l’Opéra de Paris (1989-1994), remis sur le droit chemin par le très sérieux Myung Whu Chung, l’Orchestre de Paris ne fut repris en main qu’en 2010 par Paavo Järvi. Le Letton débarrassa l’Orchestre de Paris de l'aspect brouillon qui lui collait à la peau. Depuis qu’il est passé, les phrasés sont clairs, les attaques propres, le son autrement plus homogène. Et l’énergie a peu à peu gagné les musiciens : ils ont « faim » !

On l’a encore entendu avec Rhorer, l’orchestre est investi :  plus de dissipation, place à la concentration. L’ensemble est précis, vif, incisif. En l’espèce, on avait tout ce que l’on peut demander à un orchestre dans Dukas. Une belle souplesse de jeu conjuguée à un travail sérieux et soigné. La lecture était surprenant, intelligente, on en attendait pas moins de Rhorer.

Promesse déçue par la suite. Un Schumann impassible côté soliste et côté orchestre. Les Parisiens ont « fait le job », « à l’américaine » pourrait-on dire. C’est propre, c’est en place. Mais c’est également froid et complètement détaché du pianiste qui semblait jouer devant un mur de verre. Dans un halo de résonance, le pied visiblement fixé sur sa pédale, Piemontesi nous a livré un Schumann désarticulé, fonceur et un pas très poétique. Notons à décharge que c’est rarement dans les concertos que l’on peut juger de la qualité des musiciens, le temps de répétition commune étant généralement limité, chacun ayant bien travaillé dans son coin (ce qui est l’antithèse du concerto).

L’Orchestre de Paris, visiblement attaché à son nouvel américanisme, l’a conservé dans toute la pièce maîtresse du programme : la Symphonie Italienne de Mendelssohn. Une exécution (c’est le mot) sans faute mais sans projet. Enchaînée d’une main de maître tellement ferme par Rhorer qu’on ne l'a pas vu passer. Rien à redire mais rien à retenir. L'orchestre se serait-il fait dépasser par son nouveau professionnalisme ? 
 

Encore du chemin à parcourir

Il est évident que l’Orchestre de Paris a fait ces dernières années des progrès incroyables. Aujourd’hui, il présente un niveau de finition digne des plus grands. L’« américanisme » dont nous l’affublons est plutôt un compliment à son endroit. Mais la personnalité de la formation n’y est pas encore. Et, surtout, le son de l’orchestre est loin d’être satisfaisant. Acide, revêche, il est à des années lumières du velours de Vienne, de l’épaisseur de Berlin ou de la soie du Philharmonia. Un doute plane quant au bénéfice que pourrait apporter l’arrivée du nouveau chef permanent Daniel Harding. Outre qu’il met l’accent sur un répertoire qui ne sied pas forcément à ses musiciens (le romantisme allemand avec Schumann en tête de proue), l’orchestre semble durcir son jeu sous sa conduite. À suivre...

© William Beaucardet
© Julien Hargreaves

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