Offenbach sauvé !

Offenbach sauvé !

Choeur et orchestre Oya Kaphale
Laëtitia Trouvé, direction
Théâtre d'Asnières

Jacques Offenbach // Geneviève de Brabant

Opérette, opéra bouffe, opéra-comique, les genres « populaires » d’opéras qui voguaient en tête de poupe de l’art lyrique au début du siècle dernier ont aujourd’hui quelque peu perdu de leur superbe. De légers, ils sont trop souvent devenus lourdauds, graveleux et pas rigolos du tout. Le spectacle de la troupe amateur Oya Kephale donne une bouffée d’oxygène au genre. Une preuve s’il en faut que les amateurs peuvent nous surprendre et nous combler.

Chaque année, les choristes et instrumentistes de la troupe proposent au public une opérette ou un opéra bouffe d’Offenbach dans des conditions idéales, au terme d’un imposant travail musical, manufacturier et administratif. Plus aboutie que la précédente production – Le Voyage dans la Lune – qui nous avait laissé sur notre faim, ce Geneviève de Brabant des Oya nous a pleinement convaincu.  

Sifroy (Nicolas Grienenberger) et Golo (Féodor Proutchenko) 
©Emeric Guyard

Professons-le d’entrée : la direction d’acteurs est tout simplement géniale. Le travail de Clémence de Vimal rompt avec nombre de productions "surjouées" pour trouver le ton juste, humoristique, certes, mais toujours poétique et cohérent avec l’histoire. Finis les mimiques à n’en plus finir, les accents inutiles, les sourires forcés et le rire gêné du public. Rester dans le premier degré, « croire » en son texte plutôt que le tourner en dérision, sont des procédés nettement plus efficaces que "l’appui" systématique*. Ce soir-là, le rire était franc et teinté d’émotion vis-à-vis d’une oeuvre qui n’est pas seulement drôle.

Les solistes ont su conserver ce qui relevait du comique tout en y mêlant une dose de romance. À l’image de la scène où le duc Sifroy, atteint de troubles digestifs, exalte les vertus du thé, planté au beau milieu de la scène, une tasse dans les mains et une couverture sur les genoux, répétant à l'envi : « après le pâté, c’est bien bon le thé ! ». L’effet comique est d’autant plus redoutable que la musique est belle et que le ténor Nicolas Grinenberger conserve un implacable sérieux. Autre bon et beau moment du spectacle, le trio, vaste quiproquo, entre le soupirant Drogan, la duchesse dont il est épris et sa suivante. La scène ne fait pas qu’amuser : c’est l’une des pages les plus enchanteresses et les plus poétiques de l’ouvrage.

 Le trio de la main entre Drogan (M.-A. Tek), Geneviève (Marion Reudet) et Brigitte (Clara Nicora) © Emeric Guyard

Le trio de la main entre Drogan (M.-A. Tek), Geneviève (Marion Reudet) et Brigitte (Clara Nicora)
© Emeric Guyard

L’éloquence de cet opéra bouffe est remarquablement servie par une distribution impeccable des premiers rôles. Les chanteurs, aux allures de personnages de BD, rentrent pour la plupart étonnamment bien dans leurs personnages. Marie-Amélie Tek et sa voix cristalline nous a fait craquer en délicat petit page (Drogan). Nicolas Grinenberger incarnait à merveille le ridicule petit duc, seul convaincu de son autorité, aussi futile que son bouffon, Narcisse (Raphaël Duléry). La belle « pétoire » de Charles Martel (Pierre Penhard) en imposait, tout comme la présence de Golo (Féodor Proutchenko). Les voix ne sont pas toujours parfaitement placées, fatiguent parfois, déraillent rarement… mais qu’importe ! Ces chanteurs-là ont l’agréable intelligence de mettre leurs voix au service de leur personnages et pas l’inverse, principal reproche que l'on pouvait faire au premier rôle du Voyage dans la Lune, production de 2016. 

Mention spéciale aux deux militaires Grabuge et Pitou (Halidou Nombre et Jonathan Suissa), dont le duo, un poil trop appuyé mais tout de même efficace, a mis en exergue deux voix encore jeunes mais très prometteuses. Pour parfaire les congratulations, attribuons une autre mention au chœur, qui a su rester « efficacement sobre » bien que souvent placé au second plan. 

Un spectacle somme toute magnifiquement porté par un orchestre plein d’énergie bien que maigrelet – même si on ne s’aperçoit de cela qu’aux saluts.  Le tout mené d’une main de maître par le chef d’orchestre Laëtitia Trouvé qui conduit la troupe avec brio depuis 2005. Bravo les artistes !

 

 

 

© N&B Emeric Guyard
© Yannick Boschat

*À l'Opéra de Montpellier, un exemple de supplice avec un Genevive Brabant totalement "surjoué". Se croyant drôles, les chanteurs alourdissent chaque réplique d'une impitoyable charge. Le meilleur meilleur moyen de tuer l'oeuvre. 

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